Allocution de M. Christian Ntsay, Directeur du Bureau de Pays de l’OIT à l’occasion de la Cérémonie de Lancement du Projet d’Appui à la Création d’Emploi par la Recherche


Hôtel Colbert, Antananarivo, 25 juillet 2016



Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Il me plaît d’ouvrir la série des discours de ce matin pour vous souhaiter, à vous tous, la bienvenue à cet espace d’échanges et de dialogue à l’occasion du lancement du Projet PACER ou Projet d’Appui à la Création d’Emploi par la Recherche, une initiative du Bureau international du Travail en coopération avec Madagascar.
 



D’ores et déjà, je tiens à vous remercier pour votre présence et surtout pour votre participation aux activités programmées pour ce jour en vue de leur réussite. Je voudrais aussi exprimer ma gratitude à tous ceux et celles qui ont contribué à l’organisation de cette rencontre qui va marquer un tournant particulier dans la contribution de l’OIT pour le développement de la recherche pour l’emploi à Madagascar.


En effet, si nous sommes réunis aujourd’hui ici au Colbert, c’est pour une raison évidente. Nous voudrions parler de l’Emploi, nous voudrions parler du travail, nous voudrions parler de la Recherche. Il serait, bien entendu, convergent et cohérent dans l’esprit de notre rencontre que les trois premiers responsables de l’Emploi et de la Recherche sont là parmi nous, j’ai cité Mme le Ministre de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique, M. le Ministre de la Fonction Publique, de la Réforme Administrative, du Travail et des Lois Sociales ainsi que Mme le Ministre de l’Emploi, de l’Enseignement Technique et de la Formation Professionnelle. Au nom de vous tous, je souhaiterais leur dire merci puisque par leur présence, ils ont voulu montrer leur adhésion aux diverses solutions innovantes pour promouvoir la recherche, l’innovation et l’emploi à Madagascar. A eux trois, ils fédèrent les départements et les entités les plus importantes en matière d’emploi, du travail et de la recherche à Madagascar. Je salue aussi la présence de représentants des autres ministères qui concourent au développement des entreprises, du milieu du travail, de l’innovation et de l’emploi.


Je tiens à exprimer également mon sentiment d’appréciation en constatant la présence des organisations des employeurs (GEM et FIVMPAMA) et celles également des travailleurs représentés par les principaux syndicats formant la Conférence des Travailleurs de Madagascar ou CTM.


Le Tripartisme cher à l’Organisation internationale du Travail (Gouvernement – Employeurs – Travailleurs) est fort utile et doit être vivant dans le cadre de la mise en œuvre des initiatives visant à promouvoir l’emploi décent à Madagascar et l’OIT est heureuse à chaque fois que tout dialogue ou toute réflexion sur le plan de politique, de stratégie, de plan ou de programme d’action se fasse dans un cadre tripartite respectant la liberté de pensée et les valeurs de droits humains.


Soyez donc tous la bienvenue et merci d’être là.

Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Tout le monde sait que Madagascar connait aujourd’hui une croissance faible avec un taux moyen de 2,1% entre 2010 et 2014. D’aucuns reconnaissent que Madagascar se trouve parmi les 5 derniers pays à faible revenu dans le monde, avec un PIB par habitant de moins de 400 dollars US en 2015. Le taux d’investissement est faible de l’ordre de 15% ; le chômage et le sous-emploi, notamment des jeunes diplômés, sont effarants et situés à plus de 80% des actifs. Ce chômage et ce sous-emploi chronique et structurel constituent un des déterminants les plus cruciaux de la pauvreté dans le pays. En terme d’innovation, Madagascar figure parmi les pays les moins innovants et classé ainsi au 116ème rang mondial.


Ces tableaux, malheureusement assez sombres, nous les connaissons tous et nous interpellent pour agir. Pour sa part, aujourd’hui le BIT apporte une initiative nouvelle pour promouvoir l’emploi décent par l’innovation engendrée par la recherche. Le BIT partage avec vous la vision nationale sur la nécessité de développer le pays par une ambition d’innovation à la hauteur de nos capacités et de nos ressources et en rapport aux besoins et aux attentes des acteurs, des cibles et des bénéficiaires.


A l’occasion d’une conférence que j’ai personnellement animée à l’Université d’Antananarivo en 2014 lors de la première édition du salon de la recherche au service de l’économie et de l’emploi, les acteurs de la recherche et de l’emploi ont demandé au BIT de tirer et prendre en compte les conclusions de cette rencontre pour en faire une initiative de portée nationale.


Aujourd’hui, nous avons le Projet PACER qui vise essentiellement à consolider l’engagement du monde de la recherche, en donnant la priorité à l’innovation, pour participer pleinement à la promotion de l’emploi décent dans le pays, comme le suggèrent les ODD, notamment l’ODD 8 sur la promotion de l’emploi décent pour tous. En bref, ce projet a donc pour objectif principal de rapprocher le monde du travail au monde de la recherche pour l’innovation et l’emploi.



Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Pour la phase 2016-2018, le Projet PACER est conçu pour avoir 3 composantes essentielles :


Pour sa première composante, le Projet PACER va appuyer les universités, les centres de recherche et les entreprises à créer ou à renforcer la Plateforme nationale et les cadres régionaux d’intervention entre le monde de la recherche et celui des entreprises. Ces cadres actifs de concertation, d’échanges et de coordination constitueront, à nos yeux, une solution structurante concrète, profitable et pérenne à la promotion de l’innovation et de l’emploi :

  • Puisqu’on parlait toujours de l’inadéquation entre les besoins des entreprises et le système d’éducation et de formation existant, aujourd’hui, nous devrions agir concrètement et ces cadres institutionnels que nous allons mettre en place avec PACER devraient servir d’outils de démarrage ou de renforcement de ce processus de rapprochement pour faire impliquer davantage le monde des affaires dans le monde de la recherche. L’ONEF devrait faire partie prenante de cette action de structuration.
  • Puisqu’on parlait que les profils des jeunes sortants des universités ne répondent pas aux besoins de l’économie ou répondent peu aux attentes des entreprises, nous devrions donc mettre en place au niveau des régions des mécanismes concrets pour que les étudiants trouvent facilement des stages d’études ou de recherche dans les entreprises, et pour que des entreprises championnes soient identifiées et acceptent de faire partie des entreprises qui offrent de quotas annuels de stages aux universités pour des étudiants et qu’un système de reconnaissance soient mis en place en faveur de ces entreprises championnes pour leur visibilité et leur image de marque.
  • Puisqu’on parlait de la nécessité de promouvoir l’innovation et l’emploi, il conviendrait de mettre à la disposition des entreprises des fruits de la recherche selon des formules multiples et flexibles assurant, d’une part, la garantie de la propriété intellectuelle des chercheurs et, d’autre part, la possibilité aux entreprises de financer quelques programmes de recherche au niveau des universités et des centres de recherche. Ces programmes pourraient se dérouler, bien entendu, dans les universités, dans les centres de recherche ou dans les entreprises.


La Plateforme nationale Recherche-Innovation-Emploi et les cadres régionaux d’intervention devraient être ainsi les lieux et espaces pour que le monde de la recherche et le monde des entreprises puissent agir de concert avec des objectifs fixés et des supports communs et duplicables à l’échelle nationale. A travers le Projet PACER, 7 régions de Madagascar seront priorisées pour la mise en place de cadres régionaux pour la recherche, l’innovation et l’emploi, et il s’agit d’Analamanga, d’Atsinanana, de Diana, de Boeny, d’Amoron’i Mania, de Haute Matsiatra et d’Atsimo Andrefana.


Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Dans sa deuxième composante, pour ce qui concerne l’idée et l’action de convergence et de cohérence entre Recherche – Innovation – Emploi, il est clair que nous ne partons pas de zéro. Nous aurons l’occasion tout à l’heure, selon l’agenda prévu, de nous informer sur toutes les initiatives menées dans ces domaines par le passé ou à l’heure actuelle, en complémentarité ou en ligne directe. Tous les participants à cette rencontre auront aussi la possibilité et l’opportunité de partager les informations et les expériences dans ces domaines car :

  •  nous avons besoin de tenir compte des leçons apprises par rapport à ces expériences
  • nous avons besoin de bâtir sur les acquis
  • nous avons besoin d’inclure tous les acteurs et tous les systèmes et modèles innovants pouvant enrichir nos démarches et nos actions pour répondre à nos ambitions et à nos attentes.


Dans cette perspective, le Projet PACER impulsera des initiatives concrètes en termes de recherche, d’innovation et d’emploi. Nous organiserons dans les mois à venir des salons de la recherche au service de l’innovation et de l’emploi à Antananarivo, à Toamasina, à Antsiranana, à Mahajanga, à Ambositra, à Fianarantsoa et à Toliara. Dans ces 7 régions existent des universités, des IST, des Centres de recherche et des Organisations du secteur privé.
Justement avec l’implication du secteur privé et sous la coordination des universités et des centres de recherche, le Projet PACER développera des mécanismes de soutien, à travers de primes spéciales, aux chercheurs et aux étudiants les plus méritants qui traitent et valorisent des thématiques de recherche favorisant l’innovation et l’emploi.

Enfin, je voudrais rappeler que le monde du travail concerne aussi et beaucoup plus les travailleurs en activité. A travers le Projet PACER, nous allons réfléchir ensemble sur une stratégie et des modèles innovants pouvant instaurer dans tout le pays la certification VAE ou Valorisation des Acquis de l’Expérience. Le marché du travail, notamment les emplois salariés et les auto-emplois par l’entrepreneuriat, souffre de la non reconnaissance des qualifications professionnelles et des expériences des travailleurs qui sont acquises dans leur parcours professionnel. L’absence d’un dispositif de certification des acquis professionnels handicapent et pénalisent les travailleurs malgaches qui sont de plus en plus en compétition ouverte avec des travailleurs migrants pour des emplois disponibles à Madagascar dans certains métiers et types d’emploi ou pour l’accès à des marchés.
Le BIT espère que la certification VAE puisse exister un jour à Madagascar grâce à une volonté politique du gouvernement ainsi qu’à des engagements des employeurs et des travailleurs.


Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Pour sa troisième et dernière composante, le Projet PACER repose sur l’expression des valeurs de la justice sociale qui est la vocation première de l’Organisation internationale du Travail. Un volet important du Projet PACER sera réservé au rôle et à la place accordés aux Normes Internationales du Travail. Nous organiserons ensemble des Académies des Normes Internationales du Travail. L’objectif principal de ces académies sera de moderniser l’enseignement du droit du travail dans le pays. Dans ce cadre, nous réunirons les responsables des facultés de droit, les enseignants de droit et des praticiens de droit pour que les syllabus et les curricula de formation soient en conformité, sur le plan de contenu, avec les Normes Internationales du Travail. Certains enseignants et chercheurs vont suivre des formations au Centre International de Formation de l’OIT à Turin, Italie, dans les mois et années à venir.


Je voudrais insister sur le fait que l’enseignement des Normes Internationales du Travail et des Principes et Droits Fondamentaux au Travail vise essentiellement à rendre compétitifs sur le marché du travail les jeunes sortants des parcours universitaires à Madagascar pour que ces jeunes futurs entrepreneurs, ces jeunes futurs employeurs et ces jeunes futurs travailleurs soient à même de contribuer à l’instauration du travail décent pour eux-mêmes et pour les autres, comme le sont déjà d’ailleurs les jeunes sortants de plusieurs autres universités de par le monde.


Mesdames et Monsieur les Ministres, Mesdames et Messieurs,


Madagascar a besoin de rehausser les classements mondiaux de ses universités et de son classement en termes d’innovation. Cependant : - Cet objectif n’a de sens que s’il permette d’améliorer l’employabilité et l’accès à l’emploi des
jeunes - Cet objectif n’a de sens que s’il contribue effectivement à l’augmentation de la productivité des
entreprises et à la croissance économique riche en emploi - Cet objectif n’a de sens que s’il constitue réellement une solution durable à la réduction de la pauvreté.

J’ose espérer que nos contributions et nos engagements collectifs, à travers le Projet PACER, vont servir à atteindre ces objectifs dans les années à venir. Ayons l’ambition de transformer l’environnement de la recherche, de l’innovation et de l’emploi, selon notre vision commune, nos stratégies, nos moyens et nos méthodes. Le BIT est et restera votre partenaire pour la promotion de l’emploi décent à Madagascar.

Je vous remercie.